On est pas des robots!

Chez le docteur
On est pas des robots
Dessin Florence

Aujourd’hui mon médecin m’a prise dans ses bras. Je venais de pleurer à pleines larmes rapport à la crise existentielle qui me traverse. Crise de la quarantaine ce pourrait être (Merde, 45 ans de quarantaine????).
Il s’est levé de sa chaise, a contourné son bureau, s’est avancé vers moi les bras ouverts pour m’accueillir sur sa poitrine. Son grands corps a recueilli le mien (1) et je me suis enfouie dans son pull, le nez au contact de son odeur.
C’est la seconde fois qu’il fait ça. La première fois mon corps ne s’est pas vraiment abandonné, une partie de moi est restée sa patiente figée devant la frontière des usages.
La seconde fois, j’étais en attente de cette étreinte. Et je me suis laissée aller à reposer ma tristesse entre ses bras. J’ai pris une longue inspiration avant de déposer ce que j’avais sur le cœur, pour un temps, entre les mailles de son pull. Je regardais le passage des voitures à travers la fenêtre et durant ce court instant je n’ai plus pensé à rien. J’en ai profité.
Irvin Yalom parle dans son livre (2) de l’importance d’établir un lien de confiance avec ses patients. Et que cette confiance passe pour lui par une implication du psychologue. Ce qui veut dire, sortir du « rôle » de la « posture » attendue pour donner de sois et s’investir dans la relation. Il n’hésite pas à parler de ses propres expériences au cours d’une séance, à parler de lui…

Je crois que ce qui m’intéresse c’est l’être humain derrière la fonction. Il me semble qu’on se goure largement à penser que l’on exécute son travail, ses missions quelles qu’elles soient, avec le plus de neutralité possible et sans impliquer sa personne.
Par exemple j’entends souvent des techniciens de l’administration dire qu’ils ne veulent pas rencontrer les usagers pour ne pas être influencé. Ce qui équivaut somme toute à se transformer en robot. Comme si nous devions nous séparer de notre altruisme, notre porosité, notre état d’humanité pour bien faire notre travail.
Le responsable des greffe du tribunal avait donné comme conseil à ma mère, lors qu’elle y faisait du secrétariat, de mettre les dossiers délicats et importants en fin de pile afin que le juge les examine après la digestion; juste après le repas, le travail des intestins pouvait influencer de manière négative l’avis qu’il émettait sur les dossiers compliqués.
C’est quand même dingue et en même temps hyper normal! Oui, nous sommes des êtres avec des intestins grognons, nous ramenons au travail nos disputes de la maison, nos joies, et tout ce que nous faisons n’est ni plus ni moins qu’influencé par de nombreuses trivialités. Nietzsche n’aurait certainement pas développé sa philosophie particulière sans sa maladie.
Du coup, ce grands corps de médecin qui se lève, qui passe la frontière du politiquement correct pour me donner le meilleur des médicaments, c’est comme un révolutionnaire silencieux, quelqu’un qui accepte l’autre dans toute sa dimension, il fait de moi bien plus qu’une patiente ou une malade, il me reconnait dans mon humanité et il me fait du bien.
J’ai toujours défendu la transversalité, j’ai toujours affirmé l’existence d’une porosité entre mon travail et ma vie. Je ne suis pas sûre qu’il faille tout cloisonner, je ne sais même pas si c’est possible, ni si c’est nécessaire. Je pense que certains font ça très bien, je pense que pour d’autres comme pour moi c’est impossible voire contre-productif. Je suis faite de toutes ces particules d’expériences quotidiennes, tous ces atomes de vies que je croise, d’écorces que je touche, de sons que j’entends. Je suis faite de toutes ces expériences et je les diffuse dans mes relations personnelles et au travail.
C’est de la fiction de croire que je suis différente au bureau ou bien chez moi. Et puis je n’en vois pas la nécessité.
J’aime qu’André nous questionne Blandine et moi et les autres sur ce que l’on vie. Il se demande toujours ce qui traverse les gens, de quelle manière le quotidien nous affecte. Ce n’est pas tant les grandes théories qui l’intéressent, que peut-être la manière dont elles ont émergé de la soupe intérieure, cette grande marmite où se mélangent nos grands principes avec nos réalités sensuelles, contradictoires, émotives…
Car je pense puis je dis, ce qui en moi a fait un long chemin depuis les entrailles. Ce qui du dehors est passé au dedans, s’est infiltré par la peau jusqu’aux organes et qui me transforme. La pensée se construit aussi à l’épreuve des sens. C’est un dialogue, un va et vient permanent entre dehors et dedans. A cet endroits il est complètement illusoire de croire qu’il existe une barrière.

(1) : il fait genre 1m85 et moi 1m58. J’aime bien donner ce genre de détail, parce que je pense que c’est important pour imaginer la scène. Et en même temps j’ai pas envie d’être trop triviale, si non ça coupe l’élan poétique du texte. D’où la note de bas de page qui fait très pro et en plus elle est numérotée genre y’en a d’autres…

(2) : I. Yalom « Le jardin d’Epicure ».

A la perfection ?

Perfectionisme

Perfectionisme

 

 

 

 

 

 

Ça c’est une photo que j’ai piquée à ce site : https://organisologie.com

Florence

Bon voilà j’ai trouvé mon problème

Je suis perfectionniste
Je tenais à partager ce grand moment de lucidité avec vous…

André

Ho purée, le dossier du perfectionnisme…  ça c’est un gros dossier…

Une fois que tu as mis un mot sur ce truc… ça empêche de gamberger dessus.. ça bloque tout… Si tu enlèves le mot c’est comme si tu enlevais le couvercle d’une soupière où il y a plein de trucs dedans…

Le premier truc c’est que la perfection n’existe pas, c’est un peu comme la sainteté…
Le deuxième truc, c’est la peur de s’exposer aux regards des autres… craindre leur regard… peur qu’ils voient tes failles…

Après on peut aussi revendiquer publiquement ses propres failles, ses faiblesses, non ? On touche là un truc intéressant aussi , genre rapport à la loi toussa….

 

Donc voilà, parmi les nombreux tiroirs qui se sont ouverts assez brutalement ces derniers temps, il y a le tiroir perfection… Je m’imaginais très authentique, capable de montrer mes fragilités.
Bon, je me suis un peu vautré parce qu’il faut bien admettre que je dissimule à la perfection mes fractures derrière un masque d’ironie.
Je n’aime pas prendre du poids. Je fais attention à la manière dont je m’habille. Je contrôle mon image parce que je ne parviens pas à contrôler le reste… La fin de toute chose, imminente.
Et puis tenter d’atteindre la perfection, c’est aussi braver la mort. Et étant donné que le défis est impossible à relever, je ne tente rien…
Et j’arrête là parce que j’ai l’impression d’écrire un mauvais livre de développement personnel…

F.