Noël 2019

Heureusement il y avait Iris. Elle fait la moue avec sa bouche. Elle remue ses lèvres, les bouge de gauche à droite, les pinces, les réunie en forme de baiser. Je me suis mise à faire comme elle, c’est souvent comme ça que je fais avec les enfants, je les imite… Ca l’a énervé mais ça l’a aussi beaucoup fait rire.
Après elle a proposé de jouer à deviner qui on imite. Elle s’est mise à quatre pattes et j’ai dit « le chat », c’était le chat. Puis à mon tour j’ai imité des métiers genre magicienne, conductrice d’avion… Et puis elle s’est remise à quatre pattes, j’ai dit « tortue » après avoir dit chien, souris… Et puis tous les animaux étaient à quatre patte alors ce n’était plus très facile de distinguer l’un de l’autre… Et puis il a fallu mettre le mot « bébé » avant chaque nom d’animal, ce n’était plus lion mais « bébé lion », la distinction était encore plus difficile…
Elle m’a beaucoup fait rire en étant elle même. Les adultes n’arrêtaient pas de lui dire de mieux parler, de moins crier, de s’adresser à moi poliment, de mettre sa main devant sa bouche quand elle tousse alors que ça faisait trois heures qu’elle toussait au-dessus de nos assiettes. Perso étant donné que je ne me sent pas la lourde responsabilité de devoir faire son éducation, je m’en fout qu’elle dise oui ou non hyper vite. Et puis j’ai déjà choppé la crève la semaine dernière. Et donc je lui ai fait faire le tour de toutes les chaussures pour les délacer, pendant que les adultes continuaient leurs discutions harassantes. C’est le seul truc un peu drôle que j’ai trouvé acceptable de lui faire faire sans se prendre une censure… A la fin sa tante a sorti des crayons et Iris m’a invitée à dessiner.

Si non, avant ça, j’ai eu des conversations avec des adultes. On a commencé par les maladies, les cancers du rein, ceux du pancréas (pas drôle celui-ci). Et puis les maladies héréditaires, les dépistages, les maladies un peu plus bénignes genre remontées acides… Ça a duré une bonne heure, j’ai essayé de distraire l’attention avec un truc genre rhume mais quelqu’un a renchéri sur l’avc, et moi bêtement j’ai dis que l’AVC ça me convenait comme mort parce que tu savais pas que tu mourrais.

Mon grand-père est mort dans son sommeil d’un AVC. Il a fait pipi au lit c’est tout. Du coup je trouvais ça plutôt pas si pire comme mort, juste se pisser dessus me semble un deal assez réussi avec le sordide d’une longue maladie dans l’agonie…

Ce à quoi on m’a rétorqué que c’était horrrrible, que ça pouvait durer hyper longtemps, qu’on pouvait être tout paralysé. Ce à quoi je rétorque que à moins de m’envoyer à l’hostho dans la minute, moi faut me laisser sur le carrelage avec mon AVC, faut SURTOUT PAS essayer de me sauver… Les autres m’ont regardé les yeux écarquillés, j’ai bien senti que c’était incompréhensible de pas vouloir être sauvé. En même temps, au regard de la liste de maladies toutes aussi invalidantes et dégradantes que leurs amis subissaient, moi l’AVC ça me semblait une bonne solution… De toute façon faut bien mourir…

F.